
Chronique
Stalk – A Tale (1/G)
Genre : Electro, Dark, Noise, Post-rock
Sortie : mars
J’ai toujours aimé soutenir les démarches indépendantes. Qui plus est quand elles sont de (très) bonnes factures. Récemment, on m’a demandé de jeter une oreille sur un album, autoproduit justement : celui de Stalk, inconnu au bataillon, qui me présente son projet comme de l’ « électro IDM noise bizarre ». Il n’en fallait pas plus pour que je me laisse tenter.
Autant les artistes autoproduits sont très nombreux, autant, il faut bien l’avouer, un sacré paquet ne tiennent pas la route. Avec Stalk, ce n’était pas le cas, et j’en suis le premier ravi. Bref, je me penche sur cet EP, qui s’ouvre laconiquement avec « La Traque » sur une étrange ambiance légère et aérienne. Une guitare électrique emplie l’atmosphère de quelques notes dispatchées, frileuses. Au fur et à mesure, la gratte est accompagnée par des notes de synthé, évasives elles aussi. Deux bonnes minutes d’attente, et le ton est donné. Les dés sont jetés sur un tapis sonore, mêlant électro presque bruitiste et cette guitare électrique qui perdure, se déchire, et pleure en une longue plainte musicale. Le beat est lourd, peut-être pas suffisamment d’ailleurs, et le blâme s’éteint sur ces notes de synthés bien choisies.
Je crève déjà d’impatience d’écouter la suite, qui se dessine avec « The ArthurB.’s Case ». Le commencement est le même, calme, parsemé ça et là de bribes électro-acoustiques, de notes de guitare, de synthé, et de ce beat un rien crade. En réalité, cette ambiance vous serre dans ses bras, vous cajole. Mais là encore, la mélodie devient paradoxale, au sein d’une musique qui se veut brutale mais réconfortante. L’étreinte est rapide, puis se termine lentement dans un improbable fondu.
Je m’attends alors à entrer dans une nouvelle phase du disque. Et « Arnaud » débute calmement, sur quelques notes de synthé. Une horloge tourne, des hallucinations sonores virevoltent autour de cette pesanteur musicale. Longtemps. Et finalement, il faudra attendre plus d’une minute et demie pour que s’abatte le premier coup de la rythmique. Ce troisième titre semble être une transition, un passage à l’étape supérieure. Ici aussi, Stalk joue bien le coup, quand des voix se mettent à murmurer d’incompréhensibles paroles, péniblement. L’ambiance est cinématographique, idéal red bull tonifiant pour rêveries en manque d’imagination. « Arnaud » aurait peut-être mérité une finalité plus mûrie, ou une autre place dans l’album. Mais finalement c’est bien ça : une transition vers « Processed ».
On ouvre le bal avec une nouvelle guitare électrique qui pleure. J’ai du mal à distinguer quelques voix fondues dans la masse de ces lourdes notes. La montée en puissance est lente. La guitare s’enflamme, une fois, puis finie par retomber. Le cycle est reparti à zéro, avant que Stalk ne finisse par re-balancer un riff énorme qui vous pète les tympans. Le beat qui l’accompagne est lent, mais puissant. Chaque note est comme une blessure, une succession de questions. Et comme depuis le début de l’album, c’est lentement et calmement que s’achève « Processed ».
« Satine » ne changera pas de formule. Une douce ascension que l’on sent mourir, et qui finalement prend doucement son envol. Un oiseau qui quitte son nid comme dirait l’autre. Ici, l’atmosphère est organique. Le chemin tracé d’une vie qui s’ignore, se découvre, et s’achève, sur presque sept minutes, avec entre temps ses bas et ses hauts.
C’est alors que débute « A Tale ». A peine le temps de se poser une question que des bruits étranges se superposent déjà : une sorte de conversation entre R2D2 et un astro-droïde. Tout ça, juste avant que le rythme, électro-bits-futuriste, débarque lui aussi. Le climat est enfin défini, la barre est haute, en suspension, comme moi quand j’écoute la musique, qui s’emballe au fil des secondes. Le temps s’étale, jusqu’à ce que la musique s’éparpille. Un cut fatal fait mine de conclure cette lente ascension, mais tout est irréel : j’en reprends une grosse dans la bouche, nappes hargneuses en prime, hurlements des bas fonds jusqu’à l’apaisement général qui signe la fin de ce sublime morceau, probablement le plus énergique de l’album.
Heureusement, les surprises ne s’arrêtent pas là, on les enfile comme des perles. Déboussolé, je ne sais pas vraiment quoi attendre de « Blinding Photons ». Et c’est la voix de Loki Starfish qui débarque, sur une mélodie feutrée, furtive. Elle est timide, volontairement voilée elle aussi. Cette oppressante atmosphère est comme… aveuglante, l’expression est toute trouvée. La fin de l’album est proche, l’heure de savourer « Le M.U.R. ».
Encore, toujours, ces bruits électriques, peut-être, une odeur de spray sur un mur, éventuellement. Et cette guitare, elle aussi, quasi-omniprésente tout au long de cet EP. On avance doucement dans un univers qui aura été, au cours de ces huit titres, clairement à dominance dark, sale, interrogatif. La musique s’éteint déjà, non pas comme elle a commencé, mais violemment, sur une montée en puissance formidable. Qui s’arrête presque brutalement.
Voici une magnifique découverte. Encore une preuve que la renommée ne fait pas le talent. Ceux qui lisent souvent ces lignes savent que les comparaisons ne sont pas franchement ce que je préfère, mais s’il fallait en faire une, j’aurai immédiatement cité Idem. En attendant, je me surprends encore à m’interroger sur ce que j’écoute, en me persuadant que ces délires musicaux n’ont rien d’anormaux. Et puisqu’il faut désormais conclure, voici les dernières informations. L’artwork a été réalisé par Miammiam. Et sachez que l’album sera vendu sur CD1D, La.distro.du.saut, et chez quelques indés comme Vicious Circle. Le tirage est limité, à 300 galettes. Alors, une chose à dire, dépêchez vous.
Stalk m’a gracieusement autorisé à vous proposer une musique en téléchargement. Une autre facette des bénéfices de l’indépendance !
Neska
Liens :
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A Tale, à télécharger gratuitement !!!-
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La.distro.du.saut -
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